La société veut mettre l'homme en mouvement pour l'approcher du travail.

C'est oublier que l'homme a toujours été mobile. C'est un grand marcheur qui s'arrête quand il croit avoir trouvé un séjour où il sera mieux qu'ailleurs. Comme il connaît les sujétions de la migration il s'accroche, ici ou là, comme Zeus à son Olympe, comme bernique à son rocher. Pour l'en déloger, il faut y mettre le prix, lui faire espérer de « l'avancement », cette mobilité qui en vaut une autre.

 

La Royauté n'avait pas attendu les théories du socialisme utopique pour créer des entreprises faisant une large place au logement et aux conditions de vie du personnel. L'existence n'avait pas attendu Jean-Paul Sartre pour précéder l'essence et créer des phalanstères avant même que le mot existât.

Les idées de pierre Baille entérinées par Colbert ont été reprises et mises en œuvre sous diverses formes par Charles Fourier et le socialisme utopique. Notamment par Jean Baptiste Godin (1817-1888), l'illustre industriel fabricant des poêles à charbon qui portent son nom. Il passe aujourd'hui pour avoir été l'inventeur des HLM. Mais ses ambitions allaient bien au delà puisqu'il promettait à ceux qui habiteraient son phalanstère de Guise dans l'Aisne,« logement, éducation, protection sociale, commodités quotidiennes, liberté de mouvement et morale nouvelle ».

Dans le droit-fil de ces idées se développa en Europe un mouvement paternaliste par lequel les entreprises étaient omniprésentes dans l'organisation de la vie de leur personnel.

Les grands groupes, comme Krupp en Allemagne puis comme Michelin en France installaient près de leurs usines, des lotissements, des logements, des écoles, des stades, des gymnases... Qu'il soit de gauche ou de droite, d'initiative et de capitaux privés ou publics, ce paternalisme finit par déplaire et chez nous tout se collectivisa. Les responsabilités se diluèrent, les processus de décision s'allongèrent, le logement devint un enjeu politicien qui produisit plus de promesses que de réalisations.

Aux riches entreprenants se substituèrent des pouvoirs publics toujours plus impécunieux. Le logement des travailleurs fut ainsi, plus ou moins continûment et délibérément laissé dans une médiocrité qualitative et une insuffisance quantitative.

Avec l'exode rural la société française a montré au vingtième siècle sa formidable aptitude à la mobilité. L'expansion du travail féminin a contribué à accroître l'enracinement des familles, à compliquer les migrations internes des travailleurs cependant que l'ouverture des frontières et l'immigration ont fortement accru les besoins de logement.

Les pouvoirs publics dépassés s'étonnent des résistances au mouvent des familles par ailleurs accrues par une interminable crise économique qui frappe surtout les plus faibles.

Pour faire et prendre bonnes mesures, un socialisme de gauche et un socialisme de droite ont cru pouvoir surcharger les entreprises.

Dans un monde où le capitalisme est roi, nous réalisons que nous n'avons pas assez de riches pour investir chez-nous. Qu'à cela ne tienne le capitalisme mondial y pourvoira

C'est ainsi qu'un mirifique appel d'offres de capitaux étrangers fut organisé pour pallier l'indigence nationale. Pour donner corps et ors à notre solvabilité, furent conviés tous ceux qui comptent ou ne comptent pas dans la finance internationale. Ce fut fait à Versailles où tant de gens ont vécu sur leur lieu de travail !

Nos responsables y ont vu un échange naturel de bons procédés entre les élites internationales.

La classe moyenne ressentit une nouvelle fois le regret que nous soyons en pénurie de riches. Elle ne désarme pas contre la fiscalité qui la met hors d'état de s'enrichir par le travail et par l'épargne selon la formule prêtée à Guizot (1787-1814).

Ébloui et flatté par tant de munificence, le quidam s'est interrogé sur la licéité d'une opération qui n'est pas très glorieuse pour notre pays d'aujourd'hui.

En lisant la presse on constate qu'ici ou là se manifestent des regrets de la disparition de la manne paternaliste directe. Dans la région de Clermont-Ferrand on peut noter de belles initiatives et de fructueuses coopérations pour associer emploi et logement, pour accompagner les nouveaux arrivés dans leur implantation, pour contribuer à payer leur loyer durant la période d'essai.

Alphonse de Lamartine, le poète, nous avait prévenus : « L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux »

Au pays de Pascal, les Forces de l'Esprit sont à l'œuvre. Elles ont encore du pain sur la planche.

 

Pierre Auguste

Le 7 février 2018