La transformation de la société nous menace d'un méchant torticolis.

Quel que soit le bord dont elles émanent, les promesses tiennent à la fois du feu d'artifice, de la défense des bancs de poissons et du ball-trap

La stratégie et la tactique commandent aux chefs sachant « cheffer » de saturer les capacités de leurs adversaires politiques comme le recommandent les bons ouvrages et comme l'enseignent les instituts de défense et les écoles guerrières.

Les projets de réformes fusent en salves dans tous les azimuts. Le citoyen, les syndicats et les oppositions ne savent plus ou ils doivent regarder. Les muscles de leur cou, notamment les sept paires de muscles interépineux, longs rotateurs et courts rotateurs, sont douloureux et proches de l'insoumission.

 

Les analgésiques sont sans effet.

Le mal mérite attention.

Le feu d'artifice est d'abord celui du vocabulaire.

Faute de pouvoir changer les choses, l'exercice de la politique consiste à changer les mots qui les désignent. La communication passe par les éléments de langage qui sont soigneusement choisis, prédiffusés et policés pour que nul locuteur agréé ne puisse se risquer dans l'improvisation.

C'est ainsi que les réformes sont désormais bannies du vocabulaire. Elles on dû laisser la place à la transformation qui est un singulier fédérateur de la multiplicité des réformes jaillissant de tous côtés. On ne sait plus désormais comment réformer la transformation. Chacun est prié d'accepter en bloc et d'emblée les éléments d'une politique qui n'arrivent pas tous en même temps.

Tout commence dans la liesse des campagnes électorales à grand spectacle.

Selon l'art de la persuasion par les discours « on dit ce qu'on va dire, on dit ce qu'on dit, on dit ce qu'on a dit. »

Avant même le temps de l'action, on rappelle ce qu'on a dit, on consulte les opposants supposés que l'on craint ne pouvoir contenir. On reformule ce que l'on a promis de faire. On sait déjà que l'on ne fera que ce que l'on pourra et que l'on dira avoir fait ce que l'on a promis.

En politique, comme en navigation et en tectonique des plaques, il est souhaitable que le passager embarqué ne perçoive pas les dérives. Entre ce qui fut, ce qui aurait pu être, ce qui est, et ce qui sera, le citoyen s'y perd toujours un peu et y gagne rarement.

Pour lui, tout finit et recommence dans l'imbroglio de la perception des réalités.

Pour travestir la réalité, à l'image du banc de poisson, chaque groupe, notamment le dominant, mise sur la grégarité et la masse du nombre pour tromper, dérouter les adversaires, compliquer ses attaques, limiter les risques de prédation. Les individus périphériques sont chargés de la communication et harcèlent les citoyens par l'intermédiaire des mas média pour bien marteler les éléments de langage accrédités.

Quand vient le temps de l'action, les réactions des opposants s'y entremêlent comme en une gigantesque partie de ball-trap sans lois. Chacun lance des pigeons d'argile et tous tirent sans commandement sur tout ce qui bouge ou s'exprime. En démocratie intégrale, on fait feu à volonté. En un pays divisé on en vient à la sursaturation.

Tous ces tirs croisés, trouvent souvent un objectif qui n'était pas le leur. Dans les luttes sans merci on ne se méfie jamais assez de la colère qui égare les objectifs, ni de la collatéralité qui distribue des coups inattendus et indésirables.

C'est ainsi que la terre des hommes est jonchée de débris de mesures et projets annoncés, dénoncés, renoncés. Nul ne sait comment s'en débarrasser.

Mais l'esprit partisan ne renonce jamais et, comme le Phénix, il cherche toujours à renaître de ses cendres notamment dans les congrès.

Les congrès commencent par le verbe. Ils continuent par des salves contre les adversaires supposés. Ils transforment le vocabulaire. Ils finissent par des changements salvateurs de leurs appellations partisanes. Et les moutons se font une ovation.

 

Pierre Auguste

Le 14 mars 2018