Yuval Noah Harari a entrepris de nous formater en vingt-et-une leçons, pour affronter les défis du siècle 21. Il s'y prend tard car le siècle est déjà bien entamé. Chronos refusera d'en changer le cours. Pour de nombreuses tâches que YNH assigne à l'humanité il faudra sans doute une plus longue maturation et des retouches des contenus programmatiques.

 Je vous donne rendez-vous pour un bilan d'étape... en 2099.

 

 Comme tout professionnel, l'historien est formaté par l'habitude. Son péché mignon est sans doute de négliger les temps d'exécution. Venant de partout, l'histoire lui arrive toute-faite alors qu'il ne reste qu'à l'écrire !

 Croyez-en un vieil observateur qui n'a plus toujours très bon pied mais qui a toujours bon œil et bonne mémoire. L'histoire est parfois engendrée par des idées fausses et ses acteurs font presque toujours le contraire de ce qu'ils croient faire.

 YNH expose le regret de voir décroître le nombre et l'influence des communautés. Selon certains, les communautés seraient un bienfait social qui fait naître d'utiles débats, fait fleurir les plus belle initiatives.

 Moi qui suis plutôt pour la République Une et Indivisible je pense résolument que des communautés point trop n'en faut. L'actualité me confirme que nous avons assez de partis, de courants, de groupements, de sectes, de clans, de lobbys, de bandes, de coteries, de couleurs de ralliement, de structures administratives et syndicales, de doctrinaires obédients, de disciples de Voltaire et de Rousseau, d'originaires d'ici et d'ailleurs, pour faire en bonnes proportions nos bonheurs et malheurs.

 Il devient urgent de revisiter le mot tolérance en toutes ses acceptions, en toutes ses errances, en toutes les vaticinations de nos pythonisses.

YNH estime que les réseaux sociaux tendent à détruire le commerce et la publicité en substituant à la vente des objets, la vente de l'attention qu'ils ont réussi à capter à la volée par le recueil et la diffusion d'informations. C'est ce qui vous vaut de recevoir des publicités invasives fort longtemps après avoir acheté ou après avoir renoncé à un achat. On sent là comme un parfum d'abus de confiance. Pour le cyber-commerce, l'argent des gogos est toujours bon à prendre.

 Notre auteur nous fait part des intentions annoncées et des essais déjà réalisés par tel géant des réseaux pour constituer de nouvelles communautés.par les voies et moyens des algorithmes de l'intelligence artificielle. Les rêveurs de fortune, n'ont plus guère que ces mots à la bouche.

 Par leurs fulgurances, ces systèmes ont apporté des fortunes et des positions enviées à leurs promoteurs. Mais ils portent en eux leurs propres limites. Ils font déjà peser de bien réelles menaces sur la raison d'être des états en tentant d'échapper à la fiscalité ou en déployant des moyens financiers à fort pouvoir corrupteur. Ils risquent de se détruire par leurs abus ou de se faire mettre en tutelle par des états jaloux de leurs pouvoirs territoriaux, de leurs lois ou pratiques constitutionnelles.

 

En s'arrogeant le droit de constituer une communauté mondiale faite de communautés de toutes natures, des sociétés savantes à la communauté des déficients mentaux, des partis politiques à tel organisme administratif, les géants du net se posent en Titans grands maîtres des tenanciers des états existants.

Mais la cupidité des états et leur esprit accueillant à toute ressource d'où qu'elle vienne, tendra à instaurer des états dans les états, lesquels ne manqueront pas d'entrer en conflits entre eux, plus ou moins guerriers.

 Sous le couvert d'éthique et de grands principes, se cache une forme nouvelle de segmentation de la chalandise propre à maximiser les profits.

 Le monde n'étant pas mûr pour créer une police économique et financière, les politiciens n'ont déjà plus que les yeux pour pleurer.

 Au train où vont les choses, les gilets jaunes du monde entier ne tarderont pas à coiffer... le casque bleu. Pour policer tout l'univers.

 Sans attendre que s'avance le siècle, que chacun en sa tour monte. Il y verra venir le chaos.

 

Pierre Auguste

Le 6 février 2019